2011-03-20

Stratagème n° 01 : mener l’empereur en bateau

Qui a tout prévu devient négligent. Un fait habituel n’éveille pas les soupçons. Le grand jour est une cachette plus sûre que la pénombre. Tout montrer c’est obscurcir tout.

Heures tardives et lieux secrets ne sont d’aucun usage à celui qui médite un complot. Le voleur de minuit, l’assassin des ruelles obscures agissent en amateurs grossiers. Un stratège ne saurait ainsi procéder.
Lorsque Kong Rong fut encerclé, son ami Taishi Ci se porta volontaire pour aller demander des secours. Il fit ouvrir toutes grandes les portes de la citadelle où ils étaient réfugiés et sortit muni d’un arc et d’une cravache, accompagné par deux autres cavaliers portant des cibles d’archerie. Ce spectacle plongea défenseurs et assaillants dans une profonde stupéfaction. Les trois hommes chevauchèrent au pied des murailles jusqu’aux bords des fossés. Là, ils plantèrent leurs cibles et Taishi Ci se lança dans une démonstration de tir. Le jeu fini, ils retournèrent dans la ville comme ils étaient venus. Le lendemain : nouvelle sortie. Un bon nombre de leurs adversaires ne prirent même pas la peine de se lever pour les observer. Le jour suivant et le jour d’après, le même manège recommença dans l’indifférence générale. Le cinquième jour, Taishi Ci jugea la situation mûre. Il prit un rapide déjeuner et, à sa nouvelle sortie, fouetta sa monture droit sur les lignes ennemies qu’il traversa sans coup férir. Avant même que les assaillants n’aient repris leurs esprits, il galopait déjà au loin.
***
 Un excès de préparatifs peut parfois s’avérer nuisible.
Le prince Zhuang voulait attaquer l’Etat de Chen. Il dépêcha donc un envoyé pour étudier la situation de ce pays et celui-ci fit le rapport suivant : Chen est inattaquable. Les murs de ses cités sont hauts, leurs fossés profonds et les greniers d’Etat débordent de céréales. Ce pays peut soutenir un long siège. Son conseiller intervient : voici justement le moment venu de lancer une expédition. Chen est un petit Etat. Si ses greniers sont pleins, le peuple a payé de lourdes redevances et doit haïr son prince. Si les murs sont hauts et les fossés profonds, le peuple doit être épuisé par les corvées et n’est donc pas en état de combattre. En une seule offensive, nous pouvons venir à bout de cet Etat. Le prince Zhuang se rangea à cet avis. Chen tomba.
***
Les Sui qui avaient pris le pouvoir au nord du fleuve Yangzi méditaient un assaut final contre la dernière poche de résistance de la dynastie des Chen qui tenait encore la rive sud du fleuve.
Le conseiller Gao Ying dit au prince de Sui : au nord du Fleuve, la récolte est tardive car le sol reste gelé jusqu’au printemps. Au Sud, au contraire, les champs mûrissent plus tôt. Quand notre ennemi en sera à la moisson, nous pourrons mobiliser notre population qui, à ce moment, est encore oisive. L’adversaire, voyant opérer d’importants mouvements de troupes, devra donner l’ordre d’interrompre les travaux des champs et assembler son armée. Quand elle sera sur le pied de guerre, nous démobiliserons la nôtre et renverrons nos paysans à leurs occupations. Entre temps, la récolte de l’ennemi sera perdue. Il suffira de procéder ainsi à deux ou trois reprises pour que nos adversaires renoncent à ces mobilisations inutiles qui auront ruiné leur économie. Nous pourrons alors déclencher l’opération réelle et prendre pied sur l’autre rive sans coup férir.
Deux ans plus tard, le signal de l’attaque fut donné. Les armées Sui étaient placées sous le commandement des généraux He Ruobi et Han Qinhu. He Ruobi commanda d’abord aux troupes qui gardaient la rive nord d’effectuer leur relève devant la ville de Guangling où l’on vit affluer une foule immense d’hommes en armes avec Leurs bannières qui parsemaient toutes les campagnes environnantes. L’état-major Chen concentra en hâte ses troupes sur la rive opposée pour repousser un éventuel débarquement. Mais peu à peu, l’armée des Sui se dispersa pour regagner ses cantonnements coutumiers. Les Chen comprirent qu’ils avaient eu affaire à une simple relève de garnison. Ils renvoyèrent donc leurs soldats reprendre leur poste initial. C’est le moment que choisit He Ruobi pour ordonner la traversée du fleuve. Le passage s’effectua sans encombre et la dynastie des Chen s’effondra sous les coups des deux colonnes Sui.
***
Lorsque Cao Cao s’enfuit en compagnie d’une petite troupe après sa défaite à la Falaise rouge, il arriva dans un bois où ils firent halte.
Là, il envoya un éclaireur en mission de reconnaissance qui lui rapporta ceci : nous avons le choix entre deux itinéraires : une grande route unie et une petite route accidentée qui nous économisera cinquante lis. Cao Cao hésitait. On vint le prévenir : la petite route est jalonnée de panache de fumée. Mais il n’y a rien à signaler sur la grande. Les signaux de fumée viennent de l’armée de notre adversaire, s’écrièrent ses officiers, nous devons prendre l’autre chemin. Après réflexion, Cao Cao trancha : notre adversaire Zhuge Liang est rusé. Il a certainement fait allumer ces signaux de fumée pour nous attirer sur l’autre route où son armée doit être embusquée. Nous devons donc prendre la petite route. Je ne vais pas tomber dans ce piège. Les officiers de Cao Cao s’exclamèrent : quel degré atteint votre perspicacité. Jamais nous n’aurions pensé si loin ! Et Cao Cao et sa troupe s’engagèrent sur la petite route de Huayong, enchantés d’avoir su éventer la ruse de leur adversaire. Or, si Zhuge Liang, qui connaissait bien Cao Cao, avait bel et bien fait allumer ces feux, c’est également sur la petite route qu’il avait tendu son embuscade.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire